L’adoption de Joy : un long chemin entre le Nunavut et Ottawa

Jessica tient la petite Joy dans ses bras alors qu'elles sont entourées de poules dans un enclos.

Si le parcours pour adopter Joy a été cahoteux, Jessica Ruano se décrit comme une mère comblée aujourd’hui.

Le Téléjournal Ottawa-Gatineau
Par Nadine Phaneuf
Publié le 15 décembre 2020

VIDÉO : Du Nunavut à Ottawa, l’adoption de Joy

Adopter un enfant est synonyme de montagnes russes d’émotions pour les futurs parents. Mais choisir l’adoption alors qu’on est célibataire, sans emploi permanent et que notre futur enfant provient d’une famille du Nunavut, c’est se lancer dans une aventure mouvementée, risquée même. L’artiste d’Ottawa, Jessica Ruano, a fait ce choix. Et jamais elle ne reviendrait en arrière.

Jessica Ruano regarde sa fille de 9 mois et demi avec des pépites d’or dans les yeux.

Ce moment de bonheur, on peut dire qu’elle ne l’a pas volé. Le chemin qui a mené à l’adoption de Joy a été long.

« Je n’étais pas une candidate idéale », admet d’emblée la mère de 34 ans.

Accroupie, Jessica Ruano regarde un jardin de tulipes en tenant sa fillette Joy sur ses cuisses.

Jessica Ruano a traversé plusieurs obstacles et aujourd’hui, elle profite de chaque instant avec sa fille, Joy.

Au moment d’entamer les démarches d’adoption, il y a 5 ans, Jessica est travailleuse contractuelle dans le milieu théâtral.

Membre de la communauté LGBTQ+, elle n’entretient pas de relation stable.

« J’ai dû vraiment regarder ma vie et l’arranger pour que je sois acceptable pour le centre d’adoption. […] Ça a été difficile pour moi, mais j’ai fait les ajustements », confie l’artiste.

Un bébé du Nunavut

Jessica tient à adopter un enfant au Canada. Elle participe à des ateliers de la Société d’aide à l’enfance d’Ottawa, même si on maintient que, comme parent seul, ses chances d’y arriver sont minces.

Jessica pense qu’elle pourra peut-être adopter un enfant plus âgé. Jusqu’à qu’elle reçoive l’appel d’une amie : « une maman du Nunavut en début de grossesse veut confier son bébé en adoption. »

Jessica plonge. « C’était une opportunité d’en apprendre sur la culture Inuit », souligne-t-elle.

« J’ai commencé à écouter des chansons, lire des livres pour découvrir l’histoire et la façon de vivre des Inuit. »

Jessica Ruano se repose sur son lit avec Joy couchée sur elle.

C’est l’heure de la sieste pour Jessica et Joy, sa fille adoptive.

Jessica se lance parallèlement dans les aléas de l’adoption privée.

Avocat et thérapeute, elle éponge les coûts des spécialistes. Elle rencontre également les parents biologiques du bébé à venir, qui viennent jusqu’à Ottawa pour faire sa connaissance.

Pendant des mois, Jessica vit dans l’excitation, mais aussi la peur. La peur de faire tout cela pour rien.

Si les démarches avec la famille échouent, elle devra recommencer à zéro. De plus, les parents biologiques de l’enfant ont jusqu’à un mois après la naissance pour changer d’idée et garder leur bébé.

« Mais je pense aussi qu’il est très important qu’ils aient eu ce choix [de changer d’idée], d’autant plus que les peuples autochtones n’ont pas toujours eu ce choix. »

Finalement, la mère biologique accepte de terminer sa grossesse dans la capitale.

Elle demande même à Jessica d’assister à l’accouchement. Joy arrive dans le monde le 16 janvier 2020 sous les yeux ébahis de sa maman adoptive.

« J’étais en admiration. Les médecins la tenaient comme Simba dans Le Roi Lion. J’étais si fière de la mère biologique de Joy, et j’étais si soulagée que tout se soit bien passé. Je me souviens avoir été fascinée par ses cils et ses ongles », se souvient-elle.
Jessica Ruano tient dans ses bras Joy tout de suite après sa naissance dans un hôpital d'Ottawa.

Jessica a assisté à la naissance de Joy, à Ottawa, le 16 janvier 2020.

Un quotidien aux couleurs autochtones

Au fil des mois, Joy et Jessica ont créé leur petite routine bien à elles.

Joy, vive et pleine d’entrain, fréquente la garderie pendant que sa maman travaille à temps partiel pour un organisme culturel d’Ottawa.

La culture autochtone est très présente dans la vie de la petite Inuk et c’est très important pour Jessica, qui connaît maintenant par cœur la chanson de l’alphabet en inuktitut.

Elle garde contact avec les parents biologiques de Joy en leur envoyant des photos et des vidéos sur Facebook.

« Quand elle sera grande, je lui dirai : tu habites avec moi, mais tu as d’autres membres de ta famille qui habitent au Nunavut. Tu as une soeur, une mère et un père », indique Jessica.

« J’ai même fait son arbre généalogique avec tous les membres de ma famille et de sa famille. »

La petite Joy, agée d'à peine quelques semaines, regarde en direction d'un tableau qui indique son arbre généalogique .

Jessica a fait l’arbre généalogique de Joy en y inscrivant le nom des membres de sa famille et de la famille biologique.

Jessica n’a pas encore le certificat de naissance de son enfant. Elle vient tout juste de signer les derniers documents légaux. De son propre aveu, la route a été longue et difficile, mais cela en valait la peine. « Je l’ai appelée Joy ou Joie en français. Je me sens joyeuse quand je la regarde. C’est un bébé tellement heureux », conclut Jessica Ruano, une maman visiblement comblée.


Discover more from Jessica Ruano

Subscribe to get the latest posts sent to your email.